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François Jacob
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Penchons-nous sur le sous-titre du livre de Kupiec et Sonigo :
« Pour une autre histoire de l'hérédité ».
Il s'agit cette fois de la convocation de l'ouvrage du deuxième
découvreur de l'A.D.N., François Jacob.
Dans cet ouvrage, salué par Foucault comme une extraordinaire
Histoire de la biologie, Jacob nous fait le panorama des principales
découvertes des sphères du vivant, des plus facilement
et anciennement observées, jusqu'à celles que l'évolution
de la biologie et de la chimie (enfin reconnue comme sur indispensable)
permit de dévoiler. Il en arrive, bien évidemment, à
la page d'histoire qu'il contribua à écrire, celle de
la biologie moléculaire, avec là aussi une description
passionnante des arcanes de la découverte.
Sa propre contribution consiste en ce qu'il nomme l'intégron.
Il s'agit, en bref, d'une conception des niveaux du vivant qui pourraient
se comparer à un jeu de poupées russes : il est
l'agencement des êtres vivants selon une « hiérarchie
d'ensembles discontinus ». À chaque niveau, des
unités de taille relativement bien définie et de structure
à peu près identique s'unissent pour former une unité
à l'échelon suivant (le foie n'est pas un amas de cellules).
Ce qui unit les différents niveaux étudiés dans
l'organisation biologique, c'est la logique propre à la reproduction ;
ce qui les distingue, ce sont les moyens de communication, les circonstances
de régulation et la logique propre à chaque système.
C'est toujours la logique de l'organisme, son individualité
et sa finalité qui régissent ses constituants et leurs
systèmes de communication : « Que l'évolution
soit due uniquement à une succession de micro-événements,
à des mutations survenant chacune au hasard, le temps et l'arithmétique
s'y opposent. »
Cela signifie avant tout que le programme devient un principe tout-puissant.
D'une part il fixe lui-même sa souplesse et la gamme des possibles
que peuvent atteindre les différentes parties de l'organisme
qu'il régit. Le programme fonctionne ainsi selon une finalité
interne, que Jacob voit ainsi comme la maîtresse honteuse du
savant, cachée durant tant d'années, revenant enfin
à son bras. D'autre part les changements dus à l'adaptation
à l'environnement sont intégrés par un système
d'information qui fait le détour par une longue boucle rétroactive,
au niveau de l'intégron englobant qu'est la communauté
animale : l'adaptation au milieu assujettit le programme en ajustant
la qualité du message par la qualité de la descendance.
Ce qui caractérise l'évolution, c'est la tendance à
l'assouplissement dans l'exécution du programme génétique ;
c'est son « ouverture » dans un sens qui permet
à l'organisation d'accroître toujours plus ses relations
avec son milieu et d'étendre ainsi son rayon d'action. Une
telle organisation permet de comprendre et l'organisation du vivant
et sa transmission.
Un tel intégron permettait de faire sortir absolument du vivant
toute référence à un « esprit »:
enfin Dieu sortait de la vie. Mais bien sûr, c'était
pour laisser la place au gène : « À
l'intention d'une psyché s'est substituée la traduction
d'un message. (
) Sans pensée pour le dicter, sans imagination
pour le renouveler, le programme génétique se transforme
en se réalisant. » Le réductionnisme de la
biologie moléculaire représente à ce titre la
grande victoire sur le vitalisme.
Mais cela se paye d'un prix. Si l'intégron, cette architecture
en étages est le principe qui régit la construction
de tout système vivant, c'est que n'importe quel organisme,
même le plus simple, n'aurait jamais pu se former si l'ensemble
avait dû s'agencer pièce par pièce ; mais
alors, les systèmes vivants deviennent l'objet de phénomènes
qui n'ont aucun sens au niveau inférieur, bien qu'ils contiennent
matériellement tous les phénomènes de ces niveaux
inférieurs. Le prix à payer par la théorie de
l'intégron, c'est donc de retomber dans le réalisme :
justement parce que la finalité interne du programme n'est
plus une hypothèse comme chez Kant, mais un fait, celui qui
voit triompher la théorie de l'information - mais qui, si l'on
en croit Kupiec et Sonigo, handicape cruellement toute recherche sur
la vie. Car entre deux poupées russes, comment passe cette
information ? Telle est la limite de la fixité inhérente
au modèle structural de la biologie moléculaire.
En fin de compte, n'est-ce pas une théorie encore plus radicale
de l'intégration que propose Ni Dieu ni gène ?
Il n'y a vraiment plus que des jeux d'intégration, sauf qu'un
niveau d'intégration n'est plus une structure qui donne un
sens aux êtres qu'elle comprend, mais un environnement pour
des êtres avec qui il entre dans des relations toujours plus
complexes. Ce n'est pas pour autant que l'on retire au gène
le rôle fondamental que lui assigne la biologie moléculaire
que l'on retombe dans les mains de Dieu. Au contraire.